La plus grande peur du XXIᵉ siècle
Spoiler: c'est ce qui t'a poussé à cliquer sur cette newsletter
Projet X, Tocqueville et mode avion
Imagine :
Un vendredi soir d’hiver, tu es posé au chaud, chez toi, devant un bon film.
Tu reçois une notif de ton groupe de pote.
Tes amis te proposent de sortir, apparemment ils auraient trouvé un bon plan pour une soirée.
Tu refuses, t’as la flemme, t’as tafé toute la semaine et en plus de ça la saison n’arrange rien : tu as l’impression d’être tombé malade et tu ne veux pas aggraver ton cas par le manque de sommeil.
Tu te dis qu’il y aura d’autres soirées... Jusqu’au moment où, plus tard dans la nuit, tu ouvres par curiosité la story de ton pote :
1. La douche froide
Tu vois que tu loupes LA soirée de l’année, le projet X ultime.
Ta première pensée : « Mais sérieux, qui fait une soirée piscine en extérieur sous -10° ?? ».
Ta deuxieme pensée : Tu te sens mal, tu as l’impression que le monde tourne sans toi.
Tu es le seul mis de côté pendant que tous les autres profitent un max de cette fameuse soirée dont tu entendras parler pendant des années, tes potes te rappelant à chaque fois à quel point :
« C’est trop dommage que t’étais pas là mec, c’était un truc de fou ». Ça c’est le FOMO...
En bref, le FOMO, ou Fear Of Missing Out, c’est la peur de passer à côté d’un évènement extraordinaire, dont les autres, eux, feront l’expérience.
2. Seul contre tous
En réalité ce n’est pas une expérience humaine nouvelle.
Déjà aux alentours de 1840, le philosophe Alexis de Tocqueville le mentionne dans son Volume III de De la Démocratie en Amérique :
« Quand l’homme démocratique se compare individuellement à tous ceux qui l’environnent, il sent avec orgueil qu’il est égal à chacun d’eux ; mais lorsqu’il vient à envisager l’ensemble de ses semblables et à se placer lui-même à côté de ce grand corps, il est aussitôt accablé de sa propre insignifiance et de sa faiblesse ».
Tocqueville questionne la comparaison de soi à un autre, versus de soi contre tous. Il lui semble évident qu’une fois placé à part, hors de ce grand tout, une peur ou du moins un questionnement existentiel envahit l’individu, au sujet du caractère presque dérisoire de sa propre vie face à cette masse.
3. Actualiser sa peur
La société d'aujourd'hui à plus de moyens que jamais pour attiser cette peur.
Et c’est d’ailleurs nous-même qui la mettons à jour, et cela de manière infinie par le scroll.
De l’ouverture à la fermeture de nos paupières, tout fuse : notifications, like, mails, messages, designs d'interfaces, couleurs des applis, sons... Omniprésent, l’écran n’est jamais bien loin entre la poche et la main.
Tout nous prouve que la vie pourrait continuer sans nous, mais on veut l’inverse : être dans le flot et le flux, être reconnu !
Le FOMO peut être vu comme une conséquence de la façon dont les réseaux sociaux influencent notre perception du temps et de l'espace, créant une "urgence" artificielle pour participer à des événements ou des expériences.
Et pour être sûr de ne rien louper, on reste connecté.
C’est un des facteurs explicatifs de l’astronomique temps d’écran de la majorité de la population aujourd’hui !
4. Savoir dire non
Avant j’étais le premier à scroller sur mon feed insta, à mater des séries en continue et à me comparer aux autres.
Depuis, j’ai supprimé Snap, twitter...
Je me suis demandé comment on allait me contacter.
Je me suis dit que je pourrais passer à côté de certaines opportunités, mais en réalité si quelqu’un veut vraiment me contacter, il trouvera le moyen.
Alors, n’aies pas peur de supprimer des réseaux si tu en ressens le besoin ou l’envie.
C’est une des choses que j’ai apprises et dont je suis fier de réussir à mettre en application :
Savoir dire non !
Poser mes limites m’est vite paru primordial dans le cadre de mon travail.
Et face à l’inarrêtable sollicitation virtuelle, je mets un point d’honneur à mettre systématiquement en mode avion mon portable en fin de journée.
5. La normalité n’est pas forcément la vérité
Le problème avec l’angoisse de rater un moment de vie extraordinaire, c’est que sur les réseaux, la majorité des gens est plus encline à partager une version idéale de sa vie, un contenu extra-ordinaire... sinon l’attention n’est pas retenue !
L’ordinaire n’est plus la norme, c’est l’extra.
La comparaison constante crée une incertitude, on se demande si l’on en fait assez. Alors, dans un raccourci hâtif, nous craignons que notre existence soit insignifiante.
On peut donc avoir du mal à refuser de participer à des évènements, de voir des amis... même si on sait que l’on va être épuisé par la suite.
L’essence du FOMO repose dans ce besoin d'appartenir à une certaine société et de nouer des relations fortes et stables.
6. L’imperméabilité au réel
Le FOMO, en incitant à suivre les tendances et à imiter les expériences des autres, peut être considéré comme une menace à sa propre authenticité.
Il soulève la question cruciale : sommes-nous authentiques dans nos actions et nos choix, ou sommes- nous simplement motivés par la peur de manquer quelque chose que d'autres semblent avoir ?
Ce n'est pas simplement une question d'opportunités manquées, mais plutôt le symptôme d'une perte de profondeur dans les relations et les expériences.
7. Les clés du Bonheur
En 1938, une étude nommée Grant study a été menée par Harvard afin d’identifier les raisons de la joie. Cela consistait à cartographier la santé physique et émotionnelle de 268 jeunes hommes étudiants suivis sur différentes phases de leur développement : jeunes adultes, moyens adultes et finalement à la maturité.
Après 85 ans, l'étude a révélé que dans l'ensemble les clefs du bonheur sont la connectivité et l'accomplissement.
Et ça, c'est précisément ce qu'empêche le FOMO !
8. Utiliser le FOMO pour mieux se connaitre
La technologie n'est pas la raison pour laquelle on ressent la peur de manquer quelque chose, c'est juste un symptôme.
On se rend alors compte que ce n’est pas l'évènement manqué en lui-même qui nous pose problème, mais c'est plutôt notre lutte à répondre aux questions existentielles de la vie.
Est-ce qu'on se rappellera de moi ?
Est-ce que ce que je ferai sera important pour quelqu'un ? Suis-je aimé ?
Est-ce que je vaux la peine d'être aimé ?
Est-ce que je suis important ?
On ne devrait pas se demander comment surmonter cette peur de manquer quelque chose, mais plutôt s’interroger : qu'est-ce que cette peur veut dire de moi ? et peut-être comprendre cette peur pour vivre pleinement sa vie.
Finalement le FOMO est paradoxal puisque je manque TOUJOURS quelque chose !
Je ne peux faire qu’une seule chose à la fois et je pourrais faire un nombre infini d’autres choses.
Ma solution au FOMO est de tirer le meilleur parti de la situation actuelle, car lorsque l’on ignore le moment présent, nous manquons également cette chose que nous faisons !
Oui, ne vouloir rater aucun moment de là où nous ne sommes pas, fait qu'on rate la seule chose où nous nous trouvons...
Franchement je vous conseille de couper tous les réseaux sociaux (même youtube) pendant un mois . C'est ce que j'ai fait en novembre et c'est incroyable. Vous aurez plus de temps pour les personnes qui comptent vraiment et des tas de bonnes idées. C'est comme que j'ai lancé ma propre Newsletter, merci Dali encore une fois. 🗿
Un seul défaut : trop fort Dali !